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JULIA

24 ans – 8 Novembre 2019 – Paris 19ème

“Je viens d’un petit village où on disait bonjour à tout le monde, c’était la norme. On m’a toujours demandé d’être polie et souriante. Quand je suis montée à Paris, il y a quatre ans, j’ai compris que les gens ne se disaient pas bonjour et qu’ils étaient très renfermés.

Vers mes 16 ans, je venais au moins une fois par mois voir mes copains à Paris. Là j’ai eu beaucoup de harcèlement dans ma rue, dans le 11ème. Quand je sortais, il y avait un bar PMU où il n’y avait que des mecs la plupart du temps, et je me faisais harceler direct. C’était des “Oh t’es mignonne dis donc, “Tu veux venir dans mon lit ?”, “Tu me suces ?”. Et même des vieux, de 60 ans, voire plus. J’étais mineure.

En général, j’ai toujours une casquette en été ou un bonnet en hiver. Je me cache parce que j’ai trop peur qu’un mec vienne me casser les pieds alors que je n’ai rien demandé. Je me suis habituée à ignorer, je mets les écouteurs, je passe, mais je les entends quand même. C’est très désagréable.

Ça ne me dérange pas de me promener toute seule, la journée je fais mes courses, il faut bien vivre aussi, ce n’est pas ces cons là qui vont me dire quoi faire. Mais c’est vrai que j’ai tendance à être tout le temps sur mes gardes, ce n’est pas agréable. Et je ne suis jamais tranquille pour rentrer le soir, je préfère toujours que Marvin (nb : son copain) soit avec moi. C’est problématique quand même, parce qu’on est dépendante.

J’ai un peu de mal à envoyer chier un mec, je ne sais pas pourquoi. Dès que Marvin n’est plus là, ça y est, je suis une proie. Même avec mon bonnet, ils viennent quand même. Ce n’est pas que la tenue, je pense qu’ils font ça un peu avec tout le monde, tout ce qui ressemble à une nana, ils vont essayer.

J’ai commencé à faire de la boxe, et ça me rassure de faire un sport qui me permet de me dire, si quelqu’un m’agresse, que je peux courir plus facilement, ou mettre des coups de pieds, avoir un peu plus de réactivité que si je n’en faisais pas, ça me donne un peu plus confiance.

Ma rue idéale… Une rue où tout le monde est souriant et tout le monde se dit bonjour. C’est agréable de dire bonjour à quelqu’un, tu apportes de l’intérêt à une personne qui est peut-être seule. On voit à Paris beaucoup de gens qui sont seuls, qui n’ont pas forcément beaucoup de dialogues avec d’autres personnes, et la rue, c’est peut-être leur seul endroit social.”

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