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RATIBA

27 ans – 22 Octobre 2019 – Ivry-sur-Seine

“La rue, c’est avant tout un endroit où je me sens bien, où j’ai passé beaucoup de temps. Depuis mon adolescence, j’y ai passé beaucoup de journées quand je séchais les cours, beaucoup de soirées quand je faisais le mur. J’ai fait beaucoup de rencontres. Certains sont devenus des amants, certains sont devenus des amis. Ce sont aussi des moments violents. Quand tu as une personne à terre, que personne ne regarde, qui est tout simplement en train de mourir à petit feu, je trouve cela d’une violence extrême.

C’est un grand lieu de rencontre la rue. J’ai rencontré une femme, une réfugiée congolaise, il y a quelques jours. Elle m’a parlé de son parcours, de qui elle était, et maintenant c’est une personne que j’accompagne. Avec mes colocs, on a préparé son entretien pour la demande d’asile.

Il y a quelques mois, j’ai eu une grosse altercation avec un homme dans la rue, et j’ai eu peur, pour ma vie. C’était d’une violence extrême. Mais j’ai refusé de baisser la tête, et j’ai refusé de m’excuser d’être là. J’ai tenu bon. Et ça, c’est aussi question d’éducation, j’ai vu trop de femmes baisser la tête en Algérie, mes parents m’ont dit de ne jamais le faire.

Mes parents sont nés et ont grandi là bas, j’y ai passé énormément d’étés, dans un petit village extrêmement conservateur. Où lorsqu’on est une femme, on ne sort pas de la maison. Marcher seule dans la rue est un acte de revendication politique. Sans panneau, sans banderole, juste marcher seule dans la rue, c’est prendre position. Et je sais la chance que j’ai d’être née en France. Mes parents ont toujours voulu qu’on soit, mes soeurs et moi, des femmes libres.

En tant que femme, il faut sortir, il faut s’affirmer, l’espace, comme la parole, comme le pouvoir, on ne nous les donne quasiment jamais, c’est à nous de les prendre. Si on attend que les hommes nous fassent une place, on peut attendre très longtemps.

Ma rue idéale… Une rue où quelque soit le moment du jour ou de la nuit, chaque personne, quelque soit son âge, son genre, son origine, sa religion, puisse s’épanouir et bien évidemment sans avoir peur. Qu’aucune personne ne s’excuse d’être là, d’exister.”

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